« La question de la santé du Président Bouteflika est aujourd’hui impossible à éluder ». Cette interrogation lancinante est consignée dans un rapport, commandé et approuvé hier par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale française, le premier effectué par des députés français sur l'Algérie.

 

« Si le secret qui l’entoure est total, la longue absence du chef de l’État puis son relatif effacement de la scène politique sont devenus le prisme d’analyse de tout événement ou de toute décision prise par les autorités algériennes », constatent les députés, donnant lieu à de nombreuses rumeurs. 

Mais comme le reconnaît la mission d’information, appréhender l’évolution de l’Algérie dans les mois et les années se révèle "fort difficile" et "nulle certitude n’est ressortie de ses travaux". 

Selon les députés, il est loin d’être aisé de "prendre la mesure exacte du système politique" algérien, en précisant que la "plupart des interlocuteurs de la mission – y compris ceux dont on aurait pu croire qu’ils auraient pu avoir, de par leur fonction ou leurs travaux, une connaissance exacte de la réalité – ont fait part de leurs doutes face à la situation politique algérienne et de leurs difficultés à l’appréhender correctement". 

L’opacité du système contribue beaucoup à compliquer toute réflexion sur le devenir de l’Algérie, constatent-ils 

Une équation électorale à trois inconnus 

« Quand », « Qui », « Comment », telles sont les trois interrogations auxquelles les députés ont tenté d’y trouver réponse. « En tout état de cause, soulignent-il, s’il devait y avoir une élection anticipée, ce serait en application de l’article 88 de la constitution algérienne (…) En cas de démission ou de décès du président de la République, + le Président du Conseil de la Nation assume la charge de Chef de l’État pour une durée maximale de soixante jours+, une période durant laquelle un nouveau scrutin a lieu ». 

« Toutefois, le scénario d’une élection anticipée ne s’est jamais réellement imposé. Un vote avant avril 2014 semble peu probable en raison notamment des doutes qui entourent le choix des futurs candidats », ajoutant que « Longtemps incertaine puis compromise par des ennuis de santé, l’hypothèse d’une nouvelle candidature du Président Bouteflika est réapparue dans les médias algériens au mois de septembre 2013 ». 

Quant aux conditions d’organisation du prochain scrutin présidentiel, elles font partie des inconnues de l’équation électorale algérienne, relèvent-ils, avant de s’interroger : « Les élections seront-elles libres, pluralistes et transparentes ? ». 

« La plupart des interlocuteurs de la mission d’information ont émis des doutes quant au degré réel de la sincérité du prochain scrutin. Ils ont notamment souligné le pourcentage de voix recueilli à chaque fois par Abdelaziz Bouteflika lors des précédentes échéances et ont indiqué que, selon eux, le régime algérien n’était pas encore prêt à aller vers un scrutin parfaitement « ouvert », et ce, quand bien même des observateurs internationaux seront présents le jour du vote », rapportent les députés ; 

Par ailleurs, poursuivent-ils, le taux de participation sera un paramètre qu’il conviendra de suivre avec attention. « In fine, il apparaît clairement que la prochaine élection présidentielle revêt un enjeu fondamental pour l’avenir de l’Algérie. Et cet enjeu est primordial car les difficultés qu’éprouve aujourd’hui l’Algérie ne sauraient perdurer et être réglées pacifiquement sans un pouvoir politique ayant la pleine confiance du peuple algérien. ». 

« Peut-être le scrutin à venir permettra-t-il l’élection d’une personnalité qui sera à même d’impulser les réformes nécessaires, quand bien-même cette élection ne sera pas des plus ouvertes et conservera des caractéristiques semblables aux précédentes ?", relèvent-il. 

"Il est encore trop tôt pour le dire mais il apparaît désormais que les mois à venir vont être déterminants pour l’avenir de l’Algérie mais aussi, plus largement, pour celui de la région », souligne le rapport des membres de la la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale françaises. 

Et aux députés de conclure que « l’avenir politique de l’Algérie est encore difficilement prévisible » et qu’un constat s’impose « l’Algérie, aujourd’hui, semble être un pays en attente ». 

"Cette prudence et cette attente ont également des relents de « veillée d’armes », à quelques mois d’une échéance électorale que les ennuis de santé du président Bouteflika, on l’a vu, contribuent à rendre encore plus incertaine », estiment les députés, avant de noter qu’ « Inévitablement, cette attitude attentiste ne peut qu’interpeller les partenaires de l’Algérie, lesquels, à l’image de la France, sont eux aussi en attente face aux évolutions futures de ce pays". 

Jeudi 31 Octobre 2013 - 18:20