L'Algérie est le grand responsable de la "tragi-comédie" du dossier du Sahara ( sociologue)

Las Palmas - L'Algérie, qui aspire à devenir une puissance dans la région, est le grand responsable de la "tragi-comédie" qu'on vit quotidiennement au Sahara, a affirmé, jeudi soir à Las Palmas, le sociologue marocain Mohamed Cherkaoui.

La question du Sahara compte parmi les "moyens de pression utilisés par Alger, aux côtés du pétrole et du gaz" pour servir le rêve hégémonique du pouvoir algérien, a affirmé le professeur Cherkaoui, devant un parterre de personnalités canariennes et marocaines lors de la présentation de son livre "El Sahara, Vinculos sociales y retos geostratégicos" (Le Sahara, liens sociaux et enjeux géostratégiques) organisée à l'initiative du club "Atlantic Business Club" (ABC), en collaboration avec deux ONGs locales.

Pour le sociologue, Alger, qui rêve de devenir une puissance régionale en Afrique du nord, utilise la question du Sahara pour faire du "chantage" constant au Maroc, soulignant que le problème du Sahara ne peut pas être compris sans une +analyse profonde+ des relations entre le Maroc et l'Algérie.

Il a fait observer que l'Algérie bloque, depuis trois décennies, toute solution du contentieux du Sahara dans une tentative de servir ses rêves hégémoniques sur la région subsaharienne et en Afrique du Nord et le pouvoir algérien n'a jamais renoncé à cette ambition de se transformer en une puissance régionale pour dominer l'ensemble de l'Afrique du Nord et contrôler les pays du Sahel.

"Il est aisé d'imaginer les conséquences stratégiques pour l'Europe du Sud et tout l'Ouest de la Méditerranée si Alger arrivait à ses objectifs", souligne l'auteur de ce livre, qui a été présenté par le maire de Las Palmas, M. Jeronimo Saavedra, et les professeurs Rafaël Esparza, expert dans les affaires du Maghreb et José Francisco Fernandez Belda.

La cérémonie s'est déroulée en présence notamment du Consul général du Maroc à Las Palmas, M. Abderrahmane Liebek, de l'ambassadeur et ex-consul du Royaume aux îles Canaries, M. Brahim Moussa, ainsi que d'universitaires, de journalistes et d'acteurs de la société civile dans l'archipel des Canaries et membres de la communauté marocaine.

Commentant l'ouvrage, le maire de Las Palmas a souligné la rigueur scientifique de cet essai, affirmant qu'il s'agit "d'un document unique", qui donne des éclairages sur le dossier du sahara.

L'auteur du livre a utilisé des modèles statistiques et des réalités objectives alors que dans d'autres écrits faits dans le passé il n'y avait que des +sentiments+ pour parler de ce problème, a souligné M. Saavedra, ex-ministre et ex-chef du gouvernement autonome des îles Canaries.

Dans cet ouvrage, paru en 2007 aux éditions The Bardwell Press (Royaume Uni) et qui avait été présenté en avril dernier à Madrid et à Barcelone, le chercheur Cherkaoui explique les raisons du refus algérien et la persistance du pouvoir algérien à bloquer la recherche de toute solution à ce contentieux.

L'auteur indique qu'il y a des raisons de politiques intérieure et extérieure derrière ce refus. Les dirigeants d'Algérie ont toujours voulu détourner le regard des citoyens à l'intérieur, et exporter leurs problèmes vers les frontières et chercher ensuite un +bouc émissaire+ pour lui attribuer la responsabilité de tous ses maux et Alger n'a "jamais renoncé" à son envie de devenir une puissance régionale, chose qualifiée par M. Charkaoui, d"hybris impérial".

Le sociologue note que la politique algérienne actuelle viole tous les engagements que les dirigeants d'Alger avaient pris avant 1975, lorsqu'ils reconnaissaient la marocanité du Sahara.

Le livre inscrit par ailleurs la solution de l'autonomie au Sahara dans le cadre du vaste chantier de réformes sans précédent que le Maroc a entreprises depuis dix ans et qui ouvrent de nouvelles perspectives politiques.

D'autre part, dans son ouvrage, Cherkaoui a mis en garde que la zone de la région qui s'étend de l'Atlantique à la mer Rouge, risque de sombrer dans la "balkanisation", en esquissant dans ce cadre une réflexion sur les relations entre les défaillances des Etats, la déterritorialisation du terrorisme, la tentation tribale de mouvements politiques et certaines conséquences sur la sécurité intérieure et extérieure des pays.

"Je ne suis pas un prophète", dit-il, "mais le livre a été rédigé avant la crise globale qui nous affecte. J'affirme ici qu'il existe une vaste zone qui s'appelle +Ellipses de crises+, qui s'étend depuis l'Atlantique jusqu'à la Mer Rouge et ses conséquences peuvent déjà être examinées".

Mohamed Cherkaoui, qui est directeur de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), directeur du Groupe d'Etude des Méthodes de l'Analyse sociologique du CNRS et de l'Université de Paris-Sorbonne, met en garde que les problèmes +les plus graves+ auxquels fait face le monde occidental viendront de cette zone.

"On doit seulement chercher dans l'Internet où se produisent les plus grands problèmes climatiques ou les flux migratoires vers l'Europe", dit le sociologue marocain, ajoutant que dans un contexte semblable, les conditions seraient plus qu'"appropriées pour l'apparition des groupes terroristes et le développement de l'immigration illégale".

"Tous les autres Etats de la région seront exposés à la menace de ces forces déstabilisatrices, à commencer par la région des Iles Canaries", dit-il.

A signaler qu'au début de la cérémonie, une petite bande de séparatistes accompagnée de quelques sympathisants a tenté d'accéder à la salle, mais elle a été expulsée des lieux par la sécurité espagnole.